Photo : ONU Femmes/Ryan Brown

Inclure les femmes pour instaurer une paix durable

Les femmes dirigent des mouvements pacifistes et le relèvement communautaire au lendemain des conflits, mais elles se font encore rares dans l’enceinte des forums où se négocie la paix et où se règlent les questions sécuritaires. Leur exclusion du processus de reconstruction au lendemain des conflits limite leurs possibilités de reprendre une vie normale, d’obtenir justice pour les exactions qu’elles ont subies et de réformer les lois et les institutions publiques. En 2014, ONU Femmes a aidé les femmes de 66 pays à jouer un plus grand rôle en matière de paix, de sécurité et d’interventions humanitaires, et coordonné les actions internationales à ce sujet au sein du système des Nations Unies.

Processus de paix

Pendant des décennies, la violence sexuelle et la violence basée sur le genre ne se sont heurtées à aucune opposition du fait du conflit interne qui déchirait la Colombie. Différents groupes armés l'utilisaient pour terroriser les communautés et détruire le tissu social. Ils visaient les civils LGBTI. Dans certains groupes armés, les combattantes étaient violées et forcées d'avorter. Peu de survivantes en parlaient, car même lorsqu'elles le faisaient, personne ne les entendait.

J’ai longtemps défendu des victimes. La justice est leur droit, et je ferai tout en mon pouvoir pour la leur apporter.

Daniela Kravetz, spécialiste des enjeux de la violence sexuelle et sexiste, et actuellement engagée par ONU Femmes pour prêter assistance à des procureurs en Colombie

Justice transitionnelle

En Ouganda, jusqu'en 2014, le préjudice subi par les populations du nord du pays aux mains de l'Armée de résistance du Seigneur était à peine reconnu officiellement. La situation a changé lorsque le parlement a finalement adopté une résolution pour aider les groupes touchés par le conflit. ONU Femmes a rejoint les groupes de la société civile et les parlementaires en soutenant cette mesure, qui attirait l'attention sur les violences sexuelles infligées aux femmes et aux filles, et qui a ouvert la voie à la justice transitionnelle et à la réparation.

« Il est possible de mettre fin à l’impunité, pense Mme Makwaia. Nous devons donner aux survivant(e)s l’assurance que justice sera rendue. C’est le seul moyen d’avancer. »

Holo Makwai: Elle cherche à mettre fin à l'impunité pour les pires crimes qu'ait connus l'humanité

Depuis plus de 20 ans, l'avocate Holo Makwaia joue un rôle de cheffe de file en cherchant à mettre fin à l'impunité pour les crimes perpétrés lors des conflits.

D'origine tanzanienne, elle fut l'un des premiers enquêteurs à recenser les violations des droits fondamentaux après le génocide de 1994 au Rwanda. Plus tard, en tant que Premier Substitut du Procureur auprès du Tribunal pénal international des Nations Unies pour le Rwanda, elle a traité quelques-unes de ses plus vastes et plus complexes affaires et obtenu la première condamnation pour crimes de guerre. La réclusion à vie de l'ancienne ministre Pauline Nyiramasuhuko, la seule femme jugée pour viol et génocide, a créé un précédent pour la jurisprudence internationale.

Aujourd'hui, le nom de Mme Makwaia apparaît sur une liste unique d'experts soutenue par ONU Femmes et l'Initiative d'intervention rapide au service de la justice. Ces experts veillent à ce que la justice défende les droits des femmes prises au piège de conflits parmi les plus complexes qui soient. Mme Makwaia a récemment ramené de la République démocratique du Congo des preuves à charge de l'ancien général Bosco Ntaganda, inculpé de crimes de guerre. Pour la première fois, la Cour pénale internationale a accepté d'entendre toutes les accusations en rapport avec les crimes sexuels et sexistes.